"> Quelle différence entre faïence, grès et les autres formes de céramique ?

La céramique bloguée

Petit Blog à l’intention de ceux qui aiment comprendre

Quelle est la différence entre céramique, terre cuite, faïence, grès et porcelaine ?

Comment faire la différence entre la faïence et le grès ? La terre cuite est-elle toujours rouge ? le grès est-il juste plus foncé ? Est-ce une question de terre, de cuisson, de couleur, de style ? la porcelaine, c’est juste une question de blancheur ? C’est le moment de faire le point pour y voir plus clair.

La céramique

Comme détaillé dans mon précédent post, la céramique est d’une part le nom de la discipline qui régit la fabrication de pièces en terre cuite. C’est également le nom général des objets en terre cuite. Enfin, c’est aussi de nom donné à la matière : la terre qui a été cuite dans four de céramiste. On distingue 4 sortes de céramique : la terre cuite, la faïence, le grès et la porcelaine.

La terre cuite

Il s’agit de la matière brute, la terre, à laquelle on a donné une forme, utilitaire ou purement décorative, et qui a été cuite à une température supérieure à 600°C, en général de l’ordre de 800 à 900°C. On l’appelle parfois également Terra cotta. Même si rien n’empêcherait la fabrication de terra cotta blanches, grises ou noires, elles sont quasiment exclusivement faites en terre rouge. La raison est probablement qu’il s’agit de la terre la plus commune recouvrant la surface de notre planète, riche en oxyde de fer, donc facilement accessible aux céramistes. Les terres cuites sont brutes. Elles ne sont jamais recouvertes d’un émail, mais parfois peuvent être ornementées de décorations faites dans une terre de couleur différente. Elle sont parfois peintes, ou cirées.

Il s’agit de la plus ancienne forme d’art du feu, et la plus ancienne forme de céramique. Celle qui a permis de commencer à cuire dans des récipients.

Le principal désavantage de la terre cuite, c’est qu’elle et souvent cuite à des températures trop basses, de l’ordre de 800 à 900°C, parfois moins, qui la laissent poreuse. Un récipient en terre cuite retiendra certes les liquides, mais il en absorbera une certaines quantité qui finira par suinter en surface à plus ou moins long terme. C’est également ce qui rend les poteries de jardin en terre cuite fragile au gel.

La faïence

Il s’agit d’une évolution notable de la terre cuite. On lui applique une couche d’émail qui la rend imperméable. L’émail consiste en une fine couche de verre qui recouvre la surface des pièces en terre cuite.

La cuisson

L’émail se pose sur une terre déjà cuite. C’est à dire qu’une faïence a été cuite 2 fois. Une première cuisson permet de passer de l’état de terre crue à celui de terre cuite. On appelle la pièce à cette étape le dégourdi ou le biscuit. Puis une seconde cuisson pour passer du dégourdi à la faïence. Chacune des 2 cuissons se réalise à environ 900°C.

Les couleurs

La faïence peut être fabriquée avec des terres de couleur rouge, blanche, brune, grise ou noire indifféremment. On peut colorer la surface de la faïence de 2 façons :

  • En ajoutant des oxydes ou de pigments à l’email, ce qui le colore.
  • En recouvrant la surface de la pièce lorsqu’elle est encore crue avec une terre blanche liquide appelée barbotine comme base, à laquelle on rajoute des pigments. On appelle ces pâtes liquides et colorantes des engobes. Il faudra alors émailler la pièce avec un émail transparent pour laisser apparaître la couleur de la pièce engobée.

La porosité

Il faut noter que même si l’émail imperméabilise la surface de la faïence, toutes les parties non recouvertes, comme par exemple les fonds des pots, restent poreuses. En effet, les températures de cuisson de la faïence ne permettent pas d’enlever la porosité intrinsèque de la terre. Il n’est pas rare de trouver des traces de moisi entre des bols en faïence empilés alors qu’ils avaient été séchés avec soin avant d’être rangés. L’eau était en fait contenue à l’intérieur des parois des bols et non en surface.

Le grès

Tout comme la faïence, le grès est une terre qui doit être cuite 2 fois au four : pour être biscuitée et après avoir été recouverte d’émail. Il faut noter que certains artistes parviennent à réaliser des pièces en grès ou en faïence en mono cuisson, mais ils sont très rares. Ils modifient à la fois la composition de leur terre, et de leurs émaux pour y parvenir.

La cuisson et la porosité

La différence entre le grès et la faïence, se situe au niveau des températures de cuisson. La première cuisson du grès est semblable à celle de la première cuisson de faïence, de l’ordre de 900°C. Une fois l’email appliqué, par contre, la seconde cuisson du grés dépasse les 1200°C, contre environ 900°C pour la faïence.

Il se produit alors un début de vitrification de la terre. Les pores de la terre se remplissent des molécules entrées en fusion, et les comblent. Le grès n’est donc plus poreux. C’est la grande différence avec la faïence. On parle de “terre fermée“, alors que la faïence ou la terre cuite sont appelées “terres ouvertes”. Le grès est de ce fait également plus dense, et donc plus solide. Ce début de vitrification provoque aussi une plus grande cohérence entre l’émail et la terre. Il n’est, en effet, plus uniquement en surface mais il fait corps avec la terre cuite sur laquelle il a été appliqué.

La couleur

Le grès peut être fabriqué avec des terres de couleur rouge, blanche, brune, grise ou noire indifféremment. Il faut cependant noter que plus la température sera élevée, plus le grès sera sombre. Il est plus difficile de réaliser sur le grès des décors en surfaces à l’aide des engobes comme sur les faïences. Ils ne supportent pas les hautes températures et deviennent ternes. Les grès sont ainsi le plus souvent colorés par des émaux, qui ont des couleurs plus riches avec beaucoup plus de nuances que celles des émaux de faïences.

La porcelaine

Sa composition

La porcelaine est cuite dans les même gammes de température que le grès, entre 1200 et 1300 °C. C’est également une terre fermée, sans porosité, comme le grès. La différence avec le grès (comme la faïence d’ailleurs), c’est sa composition. Alors que le grès et la faïence sont tous 2 constitués d’un mélange d’argiles et d’oxydes, la porcelaine, elle, est constituée d’une seule sorte d’argile. Le plus souvent du kaolin. Il faut, pour comprendre cette différence, comprendre comment les argiles sont crées à la surface de notre planète. Ceci fera l’objet d’un prochain post (edit: ici).

Sa grande pureté et la finesse de ses particules lui donne des caractéristiques physique et plastiques tout à fait particulières. Chaque particule de Kaolin absorbe et rejette de l’eau de la même façon. Cette terre va ainsi absorber de l’eau ou sécher très rapidement. Cette caractéristiques rend la pâte de porcelaine difficile à travailler : un peu trop d’eau, elle devient très molle et collante, pas assez d’eau, elle devient cassante. La fenêtre de travail est très étroite. Elle se fissure également très facilement au séchage. Pour pallier à ce problème et limiter la perte, on peut rajouter au kaolin des éléments minéraux (felspath, silice) ou organique (cellulose). Tout l’art des fabricants de porcelaine consiste à trouver une composition de pâte de céramique facile à travailler, mais qui va garder les deux caractéristiques emblématique de la porcelaine : sa blancheur et sa transparence.

Cuisson et transparence de la porcelaine

De la même façon que pour le grès et la faïence, la porcelaine est cuite en deux fois. La première cuisson, pour passer de l’état de terre crue à celui de dégourdi (ou biscuit), sur lequel on peut déposer l’émail. Puis la seconde, à plus de 1200°C qui donne sa transparence à la porcelaine.

La grande différence avec le grès ou la faïence, c’est que porcelaine ne contient aucun des oxydes qui les colorent, ce qui lui donne sa grande blancheur et participe à sa transparence. Elle contient également plus de silice que les autres types de céramique. Or, la silice est le principal constituant du verre. C’est cette composition chimique de départ qui permet d’obtenir la transparence de la porcelaine. Plus on la cuit à forte température, plus la quantité de silice va entrer en fusion, et donc plus elle sera transparente. Mais attention, si l’on dépasse la température de cuisson recommandée, la totalité de la pièce va entrer en fusion, et fondre comme un morceau de beurre dans le four, pour se déverser sur la sole. Les dommages sont irrécupérables.

La porcelaine ne contient pas que de la silice, mais également d’autres mollécules comme l’Alumine, qui ne deviennent pas transparents à la cuisson. C’est la raison pour laquelle il faut que les pièces de porcelaine soit très fines afin que cette transparence puisse s’exprimer pleinement. Plus la paroi de la pièce de porcelaine est fine, plus elle laissera passer la lumière.

La couleur de la porcelaine

Comme je viens de l’expliquer, la porcelaine est par définition une céramique d’une très grande blancheur, et c’est ce qui fait sa différence avec la faïence et le grès. Mais il est possible de la colorer en lui ajoutant des oxydes.

Le plus souvent, c’est en surface que l’on va colorer la porcelaine. Soit en l’émaillant avec un émail contenant lui même des oxydes, soit en la décorant par dessus l’émail. C’est le cas de la grande tradition des porcelaines de Limoges. La porcelaine est alors peinte par dessus l’émail transparent (la pièce aura déjà été cuite 2 fois à ce stade). On utilise pour cela de la peinture dédiée à la porcelaine. Les pièces subiront alors au moins une troisième cuisson mais parfois plus, pour superposer les différentes couches de peinture et les rendre solidaires de l’émail en dessous. Si la fabrication des porcelaines vous intéresse, je vous invite à regarder cette vidéo : ici, qui explique très bien les différentes étapes de la création des porcelaines de Limoges.

Christine Kulkarni

Christine Kulkarni

Géologue, céramiste et maman, je suis en constante recherche de nouveautés. J'aime créer des objets élégants aux couleurs riches et aux textures inspirées de la nature...

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Sandra
Invité
Sandra

Article très intéressant, je comprends maintenant comment il est possible de les différencier !

Godi
Invité
Godi

Merci , les choses se clarifient enfin.
Juste une petite question.
Peut on dire que plus une terre et cuite, moins elle est poreuse ?
Et ainsi jamais une terre cuite à 900°C sera moins poreuse qu’une à 1200°C. Ou existe t il des terres qui à 900°C seront moins poreuses que certaines terres cuites à des températures supérieures ?

Andres
Invité
Andres

Bonjour,
Mais, est-il possible d’émailler ( en terre cuite emaillée blanc) au 18ieme siecle une terre cuite réalisée au 17ième siécle/donc une bonne centaine d’années plus tard? Question de goût pourra-t-on dire! Mais est ce réellement possible techniquement?
Dans l’attente,
Bien cordialement,

andres deckers

Vanessa de Saint-Seine
Invité
Vanessa de Saint-Seine

Bonjour, Merci tout ça est passionnant.
cependant, est il possible de faire une mono cuisson avec du gré à haute température pour un usage culinaire donc non émaillé, et puis-je espérer un jour rendre mes vases en gré chamottė étanches. Je précise que normalement je fais une double cuisson à 1020 pour le four émail .merci bonne journée

Sandra J
Invité
Sandra J

très intéressant, merci beaucoup!!
Petite question: est-il vraiment nécessaire d’emailler la porcelaine lorsqu’il s’agit d’une pièce à usage alimentaire? Il m’a semblé avoir lu un jour que ses propriétés lui permettent de ne pas l’être, mais je ne retrouve pas d’autre information le confirmant.
Merci d’avance!!

Marie
Invité
Marie

Enfin une explication claire et didactique ! Merci beaucoup, j’ai enfin compris : )

Agathe
Invité
Agathe

Merci pour cet article hyper intéressant! Je me pose une question: la faïence cuite en monocuisson et non émaillée est considérée comme de la terre cuite ou comme de la faïence ?

Kiooo
Invité
Kiooo

Clair et précis. Merci pour cette présentation éclairante.

Christina Gaud
Invité
Christina Gaud

Merci pour toutes ces explications!
Maintenant je connais les différences.
Excellente continuation
Christina

Hamoud Hassen-Khodja
Invité
Hamoud Hassen-Khodja

Bonjour,
Votre article est intéressant à plus d’un titre, il permet de faire la différence entre différentes terres cuites. Ma question est d’ordre physique, du fait que je cherche à acquérir du carrelage pour ma chambre à coucher. On me propose du carrelage en porcelaine ou en grès, mais quelle est la matière la plus solide pour le carrelage?

Yara Ledru
Invité
Yara Ledru

Bonjour Christine, je viens de trouver votre blog et je suis vraiment heureuse 🤩 Je suis femme de géologue, céramiste et maman mais je n’apprends rien avec mon mari que puisse m’aider dans mes débuts dans ce métier avec l’argile. J’entends parler depuis 30 ans que de la tectonique des plaques 😅 Merci pour autant d’informations si précises 🙏🏼

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